Si la plupart des navetteurs étaient au courant et avaient pris leurs dispositions, certaines personnes se sont tout de même rendues à la gare ce matin en espérant prendre un train. Une Française qui revenait de vacances et atterrissait à Liège Airport tôt ce matin a été surprise: "Nous sommes arrivés à l'aéroport de Liège vers 4h15 et nous avions un billet de TGV pour Paris. Et nous avons eu la belle surprise de ne trouver ni billet ni train. Mais on n'a pas encore décidé de ce qu'on fait. On nous dit qu'il y aura peut-être des trains ce soir mais ce n'est pas sûr", expliquait-elle, résignée, au micro de Vincent Jamoulle dans la gare des Guillemins à Liège.

 

"Des professeurs de primaire pour calmer les grévistes"

Un jeune homme s'est lui aussi laissé surprendre: "Je n'ai pas de télévision, je n'ai pas de radio, je suis comme un écologiste, moi…", explique-t-il avant qu'une détonation ne le coupe. Un pétard… "Apparemment ils s'amusent comme des gamins. Au lieu de faire grève, c'est comme si on était à la maternelle. Il vaut mieux aller chercher des professeurs de primaire pour les calmer!"

 

"Allez faire péter vos pétards devant chez le ministre et pas à 4h du matin devant vos victimes"

Si les lancers de pétards l'amusent, ce n'est pas le cas de Lionel, qui a commenté notre article ce matin: "Je remercie chaleureusement les syndicalistes qui se trouvent à la gare du sud de La Louvière pour leurs réveil matinal à 3h du mat avec d'énormes pétards ! Il y a le droit de grève, mais aussi le droit au sommeil et au respect des personnes ! Je ne pense pas que c'est en agissant de la sorte que votre "message" se fera entendre,  je vous rappelle que vous les cheminots avez un patron, un ministre et aux dernières nouvelles, ils n'habitent pas le quartier. Allez plutôt devant leurs domiciles ou bureaux brûler vos palettes et faire exploser vos pétards, votre impact sera, j'en suis sûr, mieux compris par vos dirigeants! Mais faut-t-il encore en avoir le cran. C'est beaucoup plus facile de bloquer une gare, effrayer nos enfants avec vos pétards et empêcher d'autres pauvres travailleurs d'essayer de gagner leur vie. Comme à chaque fois les syndicats se trompent de cible, nous le peuple ne sommes pas vos souffre-douleurs ! Et après, on se demande pourquoi les industriels partent à l’étranger !"

 

"Les travailleurs de la SNCB eux aussi pris en otage par les syndicats"

Ce sont surtout les syndicats qui ont été visés par les commentaires négatifs, pas les cheminots. Certains employés de la SNCB nous ont d'ailleurs également écrit car eux aussi ne soutiennent pas cette grève: "Je travaille à la SNCB, non gréviste et non syndiquée. Si je ne me rends pas sur le lieu de mon travail, je serai considérée comme absente et non payée", indiquait Françoise. Idem pour Run, qui conteste le chiffre de "85% du total du personnel de la SNCB" qui "ne s'est pas présenté au travail mercredi", avancé par la CGSP-Cheminots quand elle parlait de "réussite totale" pour cette grève. "Il faut savoir que dans les 85% de cheminots qui ne se sont pas présentés au travail, plus de la moitié sont en congé car ils sont aussi pris en otage par leur syndicat!", rappelait notre internaute.

 

"Trop de grèves inutiles avant, donc peu de soutien pour celle-ci qui est nécessaire"

Dans le chat de notre direct, un autre internaute faisait remarquer que parler de "prise d'otage" ici était démesuré, puisqu'il s'agissait d'une grève annoncée et non sauvage. Mais c'est justement les anciennes grèves, parfois sauvages, qui irritent Mick, un cheminot qui comprend le ras-le-bol des navetteurs: "Le problème est que les syndicats ont fait des grèves nationales pour des choses insignifiantes et les voyageurs et cheminots en ont marre. La grève d'aujourd'hui est bien justifiée et nécessaire, mais les gens ne le comprennent pas. Une SNCB unie et non pas bicéphale serait une grande solution pour tout le monde, moins de retards, moins de problèmes sur le réseau, etc. Les politiciens ne le comprennent pas, alors que faire?", se demande-t-il.

 

"L'Allemagne et les Pays-Bas ont fait ce que les syndicats réclament"

Tous ne se sont pas prononcés contre les cheminots ou les syndicats ce matin. Au contraire, certains rappelaient aux politiciens qui défendent la réforme de Paul Magnette que d'autres pistes auraient pu être évaluées. C'est le cas de Valentin : "L'Europe veut séparer, certes, mais pas comme vous l'indiquez. Ils veulent simplement qu'il y ait une société qui vend les trajets sur le rail et pas séparer tout et faire uniquement une deuxième société qui fait rouler les trains avec une dette énorme et plus d'actif dans les bâtiments et infrastructures diverses. Puis vous comparez à la France et au Royaume-Unis, mais pas à l'Allemagne et aux Pays-Bas qui eux en sont revenus à une seule structure."

 

"Un service minimum, ça serait pire que le métro japonais"

Makbt, lui, va contre la revendication de Charles Michel de voter au plus vite le service minimum obligatoire qui se trouve dans l'accord de gouvernement Di Rupo: "Ça me fait bien rire le service minimum. Vous pensez réellement que faire circuler un train sur trois soit réaliste ? Déjà que les trains sont bondés lorsqu'un seul train est supprimé. Imaginez le cas du service minimum. Ce serait pire que le métro japonais. On voit que les politiques ne prennent le train que lorsqu'il y a une caméra dans les parages!"

 

"Perte totale de chiffre d'affaire"

Ce matin, il y avait donc des avis contrastés, mais aussi des histoires, un vécu, et des désagréments plus ou moins graves. Le gérant d'un press shop dans la gare des Guillemins témoigne: "D'habitude, c'est la grosse affluence de 5h30 jusque 9h du matin, c'est la folie, on a des files, des files, des files. Aujourd'hui c'est une perte sèche, une perte totale. En plus on a nos employés à payer, les loyers, etc. et le chiffre d'affaire part à la poubelle." Olivier Pierre, lui, a interrogé un automobiliste à Louvain-la-Neuve : "J'ai pris les bouchons de Wavre, les bouchons de l'entrée d'Ottignies, et normalement je suis à 8h au boulot. Et voilà, il est 8h30 donc je serai au boulot à 9h. Voilà, une heure en retard", se résignait-il. Des retards également constatés à l'UCL: "Normalement ces places-ci sont pleines, mais comme vous pouvez le constater il manque des personnes. Apparemment ils venaient en train", constatait un étudiant.

 

"Attention ce soir sur la route avec les pluies annoncées"

Enfin, il y a ceux qui se sont organisés: "En général on dépose notre fille au train à la gare de La Hulpe, mais exceptionnellement on est venu la déposer vu la journée de grève et on a pris une petite copine à ma fille avec pour que la maman puisse aller travailler plus vite et ce soir c'est l'inverse, c'est la maman qui ramène ma fille, donc échange de bons procédés", témoignait un père de famille devant l'école de sa fille. Axelle Noirhomme a, elle, suivi deux collègues qui testaient et étaient ravies d'un premier essai de covoiturage: "D'habitude on part en train, comme presque tous nos collègues. Mais aujourd'hui on a dû tous trouver une petite méthode alternative donc on a décidé de tous covoiturer." Enfin, il y a ceux qui ont pris congé, certains pour éviter les bouchons du soir… "J'ai pris congé aujourd'hui car tout à l'heure, pour les retours et avec les pluies diluviennes annoncées dans l'après-midi, ça va être la catastrophe sur le ring ce soir". Espérons pour les navetteurs que les conditions météo seront plus clémentes que prévues.